Pour les amateurs de la marque suédoise à l’échelle 1/43, le nom de Robeddie résonne comme une véritable institution. Fondée à la fin des années 1980 et intégrée au prestigieux giron de Brooklin Models à Bath, cette division spécialisée s’était fixé pour mission de reproduire l’histoire automobile scandinave en métal blanc (white metal). Pourtant, à la fin de l’année 2009, un séisme discret mais mémorable a secoué les vitrines de nos passionnés : la suppression massive de dizaines de références historiques. Ce grand nettoyage d’inventaire, relayé à l’époque par des distributeurs de référence comme Crossway Models, marquait la fin d’une ère et le début d’une quête passionnée pour dénicher ces raretés.
La grande vague de suppressions : la fin d’un cycle historique
L’annonce de la radiation simultanée de nombreuses références emblématiques a constitué un choc pour les habitués de la marque. Cette décision commerciale s’expliquait par plusieurs facteurs industriels inhérents au métal blanc : l’usure progressive des moules artisanaux en caoutchouc vulcanisé, le coût croissant des matières premières et une volonté délibérée de renouveler l’offre. Comme évoqué au sein de notre section dédiée à Brooklin Models et Rob Eddie, ces miniatures exigeaient une main-d’œuvre qualifiée pour l’ébavurage, l’assemblage et la pose des décalcomanies et chromes séparés.
Parmi les disparitions marquantes du catalogue répertoriées lors de cette grande vague, nous retrouvions :
- RE-1 (Volvo P1800S) et RE-2 / RE-2A (Volvo 144 GL et version Taxi) : les fondations mêmes de la gamme lancée au tournant des années 1990.
- RE-4 et RE-4A (Volvo PV831) : les majestueuses berlines de parade et taxis suédois d’après-guerre, réputés pour leur prestance imposante.
- RE-6, RE-6A et RE-6B (Volvo PV544) : plusieurs déclinaisons de la célèbre berline tout en rondeurs, célébrée notamment à travers l’édition spéciale Robeddie RE-6: 20th Anniversary.
- RE-9, RE-9A et RE-9B (Volvo Amazon 120) : la classique berline suédoise, notamment dans sa version dotée d’un élégant toit ouvrant en toile Webasto fidèlement reproduit.
- RE-12 et RE-12A (Volvo P36 Carioca) ainsi que les versions cabriolets RE-16 et RE-16A : des raretés absolues inspirées de la carrosserie aérodynamique de 1935.
- RE-15, RE-15A, RE-15B et RE-15C (Volvo 145 Estate, Express et utilitaires) : des modèles aux formes carrées remarquablement captées dans la masse du métal.
- RE-17 (Volvo 262C Bertone) : l’incontournable coupé au toit surbaissé, lourd et magistral sous sa robe bleue.
- RE-21 (Volvo PV445 Duett) et RE-23 (Volvo PV 444) : deux piliers de la reconstruction de Göteborg.
- RE-25 et RE-25A (Volvo 164) : la somptueuse berline six cylindres au capot étiré, disparue en finitions métallisées or et bordeaux.
- RE-30, RE-36 et RE-38 : la trilogie des utilitaires et berlines d’avant-guerre (PV52, PV56 et le pick-up PV61 Mobilgas).
Robeddie face à la concurrence : l’éternel débat de la résine
Cette hécatombe dans le catalogue Robeddie soulevait à l’époque une question existentielle parmi les collectionneurs : la manufacture artisanale britannique était-elle en train de plier sous la pression des nouveaux venus industriels, en particulier Minichamps et Neo Scale Models ?
Sur le plan visuel, la comparaison était sans appel pour les amateurs de finesse brute. Les modèles conçus en résine par Neo Scale Models affichaient des montants de pare-brise d’une finesse chirurgicale, des pièces en photodécoupe d’un réalisme saisissant et des teintes modernes éclatantes. Pourtant, les collectionneurs chevronnés n’ont pas tardé à pointer du doigt les limites structurelles de cette approche contemporaine :
« Les modèles en résine séduisent au premier regard par leur précision millimétrique, mais le métal blanc offre une âme et une promesse d’immortalité. Combien de vitrines ont vu les vitrages en rhodoïd des résines se décoller ou gondoler avec les variations de température, alors qu’une Robeddie traverse les générations sans broncher ? »
Une pièce Robeddie procure une sensation tactile incomparable : le poids dans la paume de la main, la robustesse d’un châssis plein vissé, la peinture émaillée cuite au four et ces phares rapportés qui, bien que parfois simplistes selon les normes modernes, confèrent un charme désuet irrésistible. Minichamps, de son côté, opérait sur un segment de die-cast industriel en grande série, sans jamais égaler l’exhaustivité patrimoniale de Robeddie concernant les carrosseries d’avant-guerre suédoises. Vous pouvez d’ailleurs redécouvrir certaines variantes dans notre galerie consacrée à quelques modèles Robeddie incontournables.
L’univers des conversions artisanales et modèles d’atelier
L’autre facette passionnante de la production Robeddie réside dans l’existence de déclinaisons dites « Code 2 » ou « Code 3 », réalisées sur base officielle ou modifiées par des artisans de talent. Alors que le catalogue officiel figeait des carrosseries rigoureusement documentées, certains préparateurs indépendants, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas, ont utilisé les bases saines et rigides de la marque pour donner vie à des projets inédits.
L’exemple de la Volvo 142 Cabriolet découverte à l’époque sur les circuits de vente spécialisés illustre parfaitement cette créativité. Alors que Volvo n’a jamais produit de version découvrable d’usine pour sa série 140 – en dehors d’études menées par des carrossiers indépendants comme Yngve Nilssons Karosseri –, des modélistes avertis ont magistralement découpé la caisse en métal blanc, ajusté un couvre-capote moulé sur mesure et reconfiguré les intérieurs. Présentées sur des socles personnalisés rouge ou jaune, ces pièces uniques présentaient de subtiles variations : position de l’antenne sur l’aile avant, rétroviseur obus ou profil de la bâche repliée. Pour le chercheur de raretés, ces réalisations artisanales constituent le sel d’une collection vivante, repoussant les limites du catalogue officiel.
Conseils pour acquérir et préserver vos Robeddie aujourd’hui
Désormais totalement sorties de production, ces miniatures autrefois vendues aux alentours d’une centaine d’euros voient leur cote se stabiliser, voire grimper pour les références éditées à faible tirage (comme les déclinaisons publicitaires SAS, Polis ou Mobilgas). Si vous parcourez les bourses d’échange ou les sites d’enchères en quête de ces modèles retirés, veillez particulièrement à l’état des éléments chromés plaqués sous vide et à l’intégrité de la peinture sur les arêtes saillantes, le métal blanc étant tendre et sensible aux chocs.
Robeddie demeure le témoignage précieux d’une époque où la miniature automobile haut de gamme était synonyme de fonte artisanale, de poids et de pérennité. Loin d’avoir été effacée par les vagues successives de la résine industrielle, la marque anglaise a gravé les grandes heures de l’histoire Volvo dans un métal noble qui défie le temps.




