Il est des trajectoires de passionnés qui forcent l’admiration de toute notre communauté. La diffusion d’un reportage vidéo néerlandais consacré à Hans Blokzijl a mis en lumière l’un des patrimoines privés les plus étourdissants jamais constitués autour de la marque au symbole martien. Installé à Baarn, à proximité immédiate de son exploitation horticole, ce collectionneur singulier a bâti au fil des décennies un conservatoire où dialoguent voitures réelles et reproductions au 1:43 avec une cohérence remarquable.
L’étincelle de la miniature : genèse d’une vocation
Comme pour beaucoup d’entre nous, la fascination de Hans Blokzijl pour l’univers scandinave n’a pas débuté sur les ponts élévateurs, mais au creux de la main. C’est à l’occasion d’un stage de formation professionnelle effectué en Suède durant sa jeunesse que le déclic s’opère. Fasciné par les lignes solides et l’ingénierie rigoureuse des productions de Göteborg, il commence par acquérir des modèles réduits, véritables ambassadeurs de poche de l’automobile suédoise.
Ce virus miniature le pousse rapidement vers le gabarit supérieur. Son premier achat grandeur nature fut une berline PV444-A noire de 1947, premier jalon d’une quête insatiable. À l’image de son attachement pour les utilitaires historiques de la trempe du Volvo P445, Hans s’est appliqué à documenter chaque époque charnière de la marque, tant par le métal moulé que par la tôle industrielle.
Des raretés d’État que Göteborg envie
Le musée privé de Blokzijl ne se contente pas d’aligner de belles restaurations ; il abrite des trésors historiques d’une portée diplomatique saisissante. Lors de l’inauguration de cet espace par un dirigeant historique de la marque suédoise, le verdict fut limpide : la collection recèle une vingtaine de variantes spécifiques absentes du musée officiel de Torslanda.
Parmi les soixante-quinze véhicules à l’échelle 1:1 préservés à Baarn, on découvre notamment :
- Une impressionnante flotte de six limousines 264 TE d’apparat ayant appartenu au gouvernement de l’ancienne RDA (DDR), carrossées pour les dignitaires du régime est-allemand.
- Un coupé 262C Bertone de 1980 dans un état de conservation exceptionnel, affichant à peine 500 kilomètres au compteur d’origine.
- Une série remarquable de châssis PV444 issus des premières phases d’assemblage d’après-guerre.
Pour les amateurs qui sillonnent les rassemblements comme le Volvo Classic Fair, croiser l’une de ces 264 TE allongées en démonstration reste un spectacle saisissant, orchestré par un homme au caractère parfois pittoresque mais d’une générosité absolue.
Le trésor au 1:43 : 1 600 témoignages miniatures
L’autre versant de ce conservatoire privé réside dans son impressionnant alignement de vitrines. Avec environ 1 600 modèles réduits soigneusement répertoriés, la collection couvre l’intégralité du spectre miniature : modèles en fonte d’aluminium et zamak des années 1950, créations promotionnelles distribuées par le réseau d’époque, modèles artisanaux en résine ou séries modernes en diecast.
Cette approche encyclopédique s’enrichit d’une abondante documentation : manuels d’atelier, brochures publicitaires d’époque introuvables et objets promotionnels rares. Elle rappelle la richesse de ces initiatives privées qui font des Pays-Bas une terre d’élection pour les amoureux de la marque, au même titre que les grands musées Volvo aux Pays-Bas ouverts au public.
Ce documentaire néerlandais a le grand mérite de rappeler la philosophie qui nous anime : que l’on possède un modeste rayonnage de coupés 1800 au 1:43 ou un hangar complet de limousines d’État, la miniature demeure la clé de voûte de notre mémoire automobile collective.




