Dans le paysage automobile de la République démocratique allemande (RDA), dominé par le grondement des bicylindres deux-temps des Trabant 601 et les carrosseries d’inspiration est-européenne des Wartburg, la présence des robustes suédoises relevait presque du mirage. Pourtant, Göteborg et Berlin-Est entretenaient des relations commerciales bien réelles, donnant naissance à des modèles sur mesure devenus de véritables légendes pour les passionnés d’histoire et les collectionneurs de modèles réduits.
La Volvo 244 DLS : un montage unique pour la RDA
Le cas le plus emblématique reste sans doute la Volvo 244 DLS, introduite à la fin des années 1970. Commandée à un millier d’exemplaires par l’État est-allemand, cette berline reposait mécaniquement sur une 244 DL classique du millésime 1978, dotée du robuste quatre-cylindres B21A. Cependant, pour lui conférer une prestance supérieure et satisfaire les cadres privilégiés du régime ou les clients passant par le réseau de magasins d’État Genex (alimenté en devises fortes occidentales), Volvo eut l’idée d’y greffer la face avant proéminente de la luxueuse 264, reconnaissable à son capot bombé et sa calandre rehaussée.
Cette version se distinguait également par des associations de teintes et de selleries strictement définies :
- Blanc classique avec sellerie blanche assortie ;
- Bleu marine couplé à un habitacle bleu ;
- Jaune vif contrastant avec un intérieur brun ;
- Rouge vin combiné à une sellerie rouge vif ;
- Vert profond marié à un garnissage brun.
Ces finitions spécifiques et ce museau de 264 sur caisse de 244 en font aujourd’hui l’un des Graals méconnus de la famille des Série 200, au même titre que les empattements longs ou une remarquable ambulance Volvo 140 / 240.
La Volvo 264 TE : le luxe étiré signé Bertone
Impossible d’évoquer l’Allemagne de l’Est sans mentionner la spectaculaire Volvo 264 TE (Top Executive). Allongée de 70 centimètres par le carrossier italien Bertone à Turin, cette limousine à trois rangées de sièges constituait le véhicule officiel de parade et de fonction du bureau politique du SED. Erich Honecker et les dignitaires est-allemands appréciaient particulièrement le confort scandinave, la discrétion austère de sa ligne et la fiabilité de sa conception, préférant ces carrosseries scandinaves aux habituelles ZIL et Tchaïka soviétiques.
Pour les modélistes et passionnés de l’Est, ces carrosseries étirées rappellent que la RDA savait faire appel au savoir-faire suédois pour soigner ses apparitions d’État.
La traque en miniature : comment les collectionner ?
Pour l’amateur de miniatures, dénicher ces versions typiques de la RDA constitue une quête passionnante :
- À l’échelle 1:43 : Le fabricant Neo Scale Models et la collection presse Atlas DDR-Fahrzeuge ont notamment reproduit la célèbre 264 TE noire officielle avec ses fanions ministériels. C’est une pièce maîtresse pour tout diorama dédié à la guerre froide.
- À l’échelle 1:18 : Des artisans et fabricants spécialisés en résine, comme BoS-Models (Best of Show), ont proposé des reproductions saisissantes de ces limousines de prestige.
- Les transformations artisanales : Réaliser une 244 DLS nécessite souvent de croiser les pièces entre une 244 DL et une calandre de 264 au 1:43. Si vous aimez traquer les déclinaisons les plus exotiques ou les formats microscopiques, vous pouvez explorer cette liste incroyable de Volvo au 1/87 pour voir comment les séries 200 ont été déclinées à petite échelle.
Témoins d’une géopolitique révolue, ces Volvo de l’Est continuent d’exercer une fascination indéniable, prouvant que même de l’autre côté du rideau de fer, la sécurité et le style scandinaves avaient su forcer les portes de l’histoire.




