Il arrive régulièrement, au détour d’une bourse d’échanges ou d’une vente aux enchères internationales, qu’un vendeur annonce fièrement une rarissime « Volvo 164 Made in Japan » en tôle emboutie. Pour les passionnés de la marque suédoise, cette appellation suscite immédiatement la curiosité, teintée d’un brin de scepticisme. Quelle est l’origine réelle de ce modèle d’époque et comment démêler le vrai du faux dans cette production nippone des sixties ?
La confusion historique entre série 140 et 164
La confusion vient essentiellement du dessin de la face avant et de la calandre lithographiée sur certains jouets japonais de l’époque. Lorsque Volvo dévoile sa luxueuse berline 164 en 1968 avec sa calandre verticale proéminente, plusieurs fabricants de jouets avaient déjà amorcé l’outillage de la berline suédoise sous les traits de la série 140. Dans les ateliers japonais du géant Bandai, la matrice reproduisait fidèlement les lignes rectilignes de la célèbre berline scandinave. Si vous examinez en détail la Volvo 144 de chez Bandai produite au Japon, vous constaterez que la majorité des modèles catalogués à tort sous l’appellation 164 correspondent en réalité à cette berline 144, traitée dans l’esprit généreux et robuste des productions en tôle de cette décennie.
L’expertise nippone de la tôle lithographiée
Le Japon d’après-guerre s’est imposé comme le maître incontesté du jouet en « tinplate » (fer-blanc ou tôle imprimée). Des maisons prestigieuses comme Asahi Toy, que les passionnés connaissent bien pour la remarquable Volvo P1900 Sports au 1:24 par KS (Asahi Toy Co. Ltd.), ou encore les ateliers ayant façonné la vénérable Volvo PV 444 de 1957 en tinplate, ont su conquérir les marchés occidentaux en adaptant leur catalogue aux voitures européennes. Bandai a particulièrement soigné sa berline suédoise, proposant un jouet d’une vingtaine de centimètres aux proportions équilibrées, agrémenté d’enjoliveurs soignés et d’éléments rapportés en plastique chromé pour les pare-chocs et la calandre.
Trois configurations mécaniques recherchées
Comme le documentent les ouvrages de référence consacrés aux jouets en tôle japonais des années 1950 et 1960, Bandai a décliné son châssis Volvo sous trois architectures techniques bien distinctes :
- La transmission à friction classique : le modèle de base, robuste et fluide, reconnaissable à l’inertie de son volant moteur interne lorsque l’on frotte les roues arrière sur le sol.
- La commande à câble (filoguidée) : le modèle est relié par une gaine flexible à un boîtier de commande à piles, permettant d’actionner la direction et la marche avant/arrière à distance.
- La propulsion électrique autonome : équipée d’un moteur à piles logé dans le soubassement, cette variante dispose d’un interrupteur ou d’un petit levier discrètement dissimulé sur le flanc de la carrosserie ou au niveau de la portière.
Des livrées civiles aux versions d’intervention
Outre les teintes unies destinées aux modèles de tourisme, Bandai a exploité ce moule pour séduire les marchés nordiques et internationaux grâce à des décorations spécifiques. On retrouve ainsi de superbes versions sérigraphiées « Polis » destinées au marché suédois, complétées par un gyrophare rouge sur le pavillon. Une variante « Politi », particulièrement difficile à dénicher avec ses marquages intacts, visait les jeunes collectionneurs danois et norvégiens. Enfin, une déclinaison d’allure sportive façon rallye, arborant des numéros de course sur les portières et le capot, complétait un catalogue qui fait aujourd’hui le bonheur des amateurs de raretés historiques.




