Dans l’univers des miniatures scandinaves anciennes, le Japon des Trente Glorieuses occupe une place tout à fait singulière. Si les collectionneurs chevronnés explorent souvent les Volvo dans les autres échelles que le classique 1/43, les créations du fabricant nippon Bandai constituent un chapitre fascinant. Connue pour ses modèles en tôle lithographiée à grande échelle, la firme tokyoïte s’est penchée sur la berline suédoise emblématique à la fin des années 1960 : la Volvo 144.
Une transition mécanique et stylistique fidèlement reproduite
Après le succès phénoménal de l’Amazon — dont on retrouve les échos chez des artisans d’époque comme dans la Volvo 122 S Amazon 4-portes de chez Me-Mod —, Volvo a amorcé une révolution esthétique cubique avec sa série 140. Bandai a capté cette modernité anguleuse en concevant un moule métallique aux proportions remarquablement équilibrées, généralement estimé autour du 1/18 ou du 1/20 selon les mesures de caisse.
La carrosserie en tôle emboutie restitue impeccablement les lignes tendues de Jan Wilsgaard. La calandre quadrillée et les pare-chocs massifs sont sublimés par des pièces rapportées chromées ou nickelées, tandis que les feux arrière intègrent des inserts translucides colorés typiques de l’artisanat japonais de cette époque.
Les déclinaisons connues : de la civile à la filoguidée
Bandai a capitalisé sur ce moule en déclinant la berline sous plusieurs configurations techniques et décoratives :
- La version civile standard : le plus souvent proposée dans un rouge vif éclatant ou parfois en bleu clair, elle était équipée d’un moteur à friction (friction drive) robuste agissant sur l’essieu arrière. Son habitacle bénéficiait d’une lithographie soignée représentant les banquettes et la planche de bord horizontale.
- La version d’intervention « Polis » : destinée principalement aux marchés d’exportation scandinaves, cette variante arbore la célèbre livrée noire et blanche de la police suédoise, enrichie d’inscriptions sérigraphiées nettes et d’un gyrophare central sur le pavillon.
- La motorisation télécommandée par câble : particulièrement spectaculaire sur la version Polis, ce mécanisme filoguidé relie la voiture à un boîtier de commande à piles. Le joueur pouvait diriger la voiture grâce à un petit volant et actionner la marche avant ou arrière, parfois couplée à un avertisseur lumineux.
Pourquoi la 144 de Bandai est-elle devenue si rare ?
Tout comme les pièces historiques en plastique des années 50, à l’image d’une Volvo PV444 produite par Cerbo, ces jouets en métal ont traversé des décennies d’usage intensif par des enfants. Les exemplaires parvenus jusqu’à nous souffrent fréquemment de points de corrosion superficielle sur le châssis, de brisures au niveau des feux ou de la perte de la télécommande filaire d’origine.
Dénicher une Volvo 144 Bandai complète, avec son boîtier intact, son mécanisme fonctionnel et sa boîte illustrée d’époque relève aujourd’hui de l’exploit en salle des ventes. Elle trône fièrement aux côtés de la Volvo 164 du même fabricant, formant un duo d’anthologie qui témoigne du savoir-faire inégalé des artisans toymakers japonais des sixties.




