Tout amateur de miniatures Volvo s’est un jour retrouvé perplexe en plaçant côte à côte deux modèles issus de marques théoriquement concurrentes. Prenez une Volvo S80 deuxième génération commercialisée sous le label Motorart et comparez-la à son équivalent distribué par Hongwell : les lignes d’emboutissage de la carrosserie, le dessin des vitrages et les ancrages de châssis sont strictement superposables. Même constat pour les célèbres V70 du millésime 2000 ou les coupés et cabriolets C70. Une question légitime traverse alors l’esprit du collectionneur : les fabricants partagent-ils leurs moules, ou existe-t-il des réseaux de production invisibles au grand public ?
La réalité des ateliers : la prédominance des sous-traitants
Dans l’industrie contemporaine de la miniature automobile, très peu de marques disposent de leurs propres fonderies. La grande majorité des labels européens conçoivent les modèles en interne (ou achètent des droits de licence auprès du constructeur suédois) mais confient la fabrication physique à des usines chinoises ultra-spécialisées. C’est ici qu’interviennent des géants industriels comme Hongwell, PCT (maison-mère d’Ixo) ou Sonic International.
Hongwell représente un cas d’école particulièrement frappant pour qui s’intéresse aux modèles réduits scandinaves. Cet industriel ne se contente pas d’usiner les pièces pour des marques commanditaires comme Motorart, Schuco ou parfois Norev ; il exploite également ses propres lignes de distribution commerciale. Selon les accords contractuels d’exclusivité et la durée des licences, une même matrice en zamac peut vivre plusieurs vies commerciales sous des blasons très variés : Cararama pour les gammes économiques vendues en grandes surfaces, Autocraft sur certains marchés d’exportation, ou encore des séries sous licence ludique telles que Brio ou Brio Junior Driver.
Motorart, Minichamps et la valse des licences officielles
Le cas des Volvo contemporaines est d’autant plus fascinant qu’il est intimement lié aux choix du service merchandising de Volvo Cars. Au début des années 2000, le manufacturier allemand Minichamps détenait une part importante des reproductions sous boîte concessionnaire. Cependant, au milieu de la décennie, la société suédoise Motorart a conquis l’exclusivité de nombreuses nouveautés officielles, notamment pour la gamme des berlines S80 et des SUV XC60 et XC90.
Lorsqu’une licence change de titulaire, les outillages ne sont pas nécessairement détruits. Un fabricant peut racheter l’usage d’un moule existant pour éviter les coûts colossaux de développement (souvent plusieurs dizaines de milliers d’euros pour une matrice complète au 1/43). D’autres fois, c’est l’usine chinoise sous-traitante qui conserve la propriété technique de l’outillage et propose une variante simplifiée à son catalogue grand public une fois la période de stricte exclusivité passée. Les collectionneurs attentifs aux catalogues annuels ou aux prévisions Minichamps ont ainsi souvent vu des projets disparaître d’un côté pour réapparaître miraculeusement chez un confrère quelques mois plus tard.
Comment distinguer un moule identique d’une finition différente ?
Si la base métallique est rigoureusement identique, le positionnement tarifaire impose des compromis visibles qui permettent d’expliquer les écarts de prix entre deux déclinaisons :
- La tampographie et la peinture : Là où Motorart applique des couches de vernis épaisses, des encadrements de vitres photo-découpés et des logos d’une grande netteté, une version Cararama se contentera souvent d’une peinture plus basique et de feux arrière teintés d’un simple bloc translucide sans masque noir intérieur.
- Les détails rapportés : Rétroviseurs avec miroirs chromés rapportés, essuie-glaces indépendants et jantes bicolores caractérisent le haut de gamme, tandis que la déclinaison d’entrée de gamme moule parfois les balais directement dans le pare-brise.
- L’intérieur : Tableau de bord peint en deux tons avec inserts façon bois d’un côté, cuvette en plastique brut noir moulée d’une seule pièce de l’autre.
Pour l’érudit qui cherche à dresser un inventaire complet des Volvo au 1/43ème, cette pratique rend la tâche complexe. Derrière de multiples boîtages mystérieux ou des producteurs méconnus, se cache souvent une unique et même sculpture mère. Mais pour l’amateur malin, repérer ces moules partagés constitue également une excellente opportunité : acquérir une reproduction fidèle d’une Volvo V70 ou C70 pour une fraction du prix boutique, quitte à ressortir pinceaux fins et feutres de retouche pour sublimer soi-même les détails.




